Le Printemps d’Alep par Michel Grenié pour photographie.com

Disons-le tout de suite, la série « Le printemps d’Alep » de Katharine Cooper exposée à Arles à Anne Clergue Galerie tranche avec les reportages documentaires sur les zones de conflit en Syrie que l’on voit depuis les trop longues années que dure cette guerre. Alep, deuxième ville de Syrie, a été occupée à partir de juillet 2012 et pendant plus de quatre ans par l’État islamique qui en avait fait son bastion. À l’origine de la décision de la photographe de se rendre dans cette ville, il y avait le sentiment que les médias occidentaux dont les unes avaient été faites pendant plusieurs semaines, en 2016, tantôt sur « la chute » tantôt sur « la libération » de cette ville emblématique présentaient une vision pour le moins confuse voire biaisée des choses. Elle a donc décidé de s’y rendre et d’y vivre pendant six semaines, au printemps 2017. Ce qu’elle y découvre alors sont des images débordantes de vie où toutes les communautés n’aspirent qu’à vivre ensemble et retrouver leur vie d’avant. Le parti pris photographique qui est alors le sien est de s’attacher à partager son expérience d’une ville qui renaît, où les habitants reviennent dans leurs maisons et pensent déjà à la reconstruction.

Lorsque Katharine Cooper commente ses photos, on entend un sourire dans sa voix car chacune est l’histoire d’une rencontre qu’elle souhaite partager largement avec nous. Elle qui se veut discrète et n’aime pas être dans la lumière parle avec passion de tous ceux qu’elle a rencontrés et dont elle a partagé le destin pendant quelques semaines. Elle donne le nom de chacun et des morceaux de leurs histoires : le garçon qui vend des amandes vertes dans la rue, le père qui assit dans la rue sur un tabouret devant sa maison tient sa fille dans ses bras, l’adolescent sur son VTT orné du drapeau national, aux éclairages bricolés, et qui regarde crânement l’objectif – c’est la photo qui constitue l’affiche de l’exposition. Autant de héros de la vie ordinaire qui débordent de vie et sont extraordinairement présents dans les clichés qui leur sont consacrés.

Avant de partir en Syrie, elle avait prévu de présenter une tout autre exposition à Arles cet été mais face au sentiment d’urgence qui l’habitait du fait de l’horrible crainte de voir Alep connaître le même destin dramatique que Palmyre, qui après avoir été libérée une première fois a été reprise par l’État islamique, elle a décidé avec le soutien d’Anne Clergue de montrer ces images-là – face à la qualité et à la justesse de cette exposition, on ne leur en tiendra assurément pas rigueur. De plus, elle sait clairement que tous ceux qu’elle a connus là-bas et avec qui elle a gardé le contact via Facebook ou Whatsapp seront fiers de voir les images de leur ville et de leurs vies montrées à Arles. Pour elle, c’est une façon de leur rendre une part de tout ce qu’ils lui ont donné.

Assurément, Katharine Cooper fait partie de ces artistes que l’on a envie de suivre car elle donne le sentiment d’aller à l’essentiel et de partager avec sincérité ce qui la touche. Avec elle, la photographie devient l’accompagnement tout naturel d’un passage de vie.

Michel Grenié

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